Coeur d’encre 1/2

Ecrit sur ciao en octobre 2004 sous le titre ‘Coeur d’encre’ (aucun rapport avec le film)

J’ai beaucoup voyagé pour arriver ici.
Debout, un peu penché, d’autres sont avec moi. Celui d’à côté a une étiquette sur le front, je sais lire, j’ai lu 1,50 €.
D’autres, plus vieux, m’ont dit que c’est un prix. Des mains donnent des ronds à d’autres mains. On nous échange contre des ronds.
Je ne sais pas ce que je suis, mais il paraît que c’est bien que je sois bleu.
Les plus vieux, qui sont encore là, m’ont dit que des mains allaient me prendre et m’appuyer sur la tête.
Après, il se passera quelque chose de curieux, pas très agréable, on va me faire bouger, je vais un peu saigner, c’est confus, je n’ai pas bien compris. J’attends. Ça me fait un peu peur, mais j’attends.

J’ai vu beaucoup de mains prendre mes voisins. Il y a une rouge dans le pot à côté, nous discutons beaucoup. Elle est très gentille.
D’autres, nous ont dit que si on nous mélange ça fait une couleur, du violet. Je n’ai jamais vu de violet mais j’ai appris ce qu’est une couleur, et bleu est ma couleur.
Je suis tout chose, c’est vrai que ça fait drôle.

Une main m’a pris, elle m’a appuyé sur la tête.
Tout mon corps s’est mis en mouvement, le système était enclenché, ma colonne vertébrale est descendue d’un coup.
L’extrémité pointue est sortie par mon orifice inférieur.
Et là… la main a fait glisser mon bout pointu, lentement, sur une matière très douce, blanche.

La main m’a échangé contre des ronds métalliques, puis une autre main m’a lancé dans un endroit noir et très chaud.
C’était une cage, nous étions prisonniers. Je dis nous, avec moi il y avait beaucoup de la matière douce et blanche, qui m’a dit être un cahier, un cahier grand et lourd. Il dit qu’à l’intérieur il a des pages, elles tiennent par un grand ressort, sa colonne vertébrale.

Dans la cage, il y a aussi un morceau de bois avec un bout gris qui salit tout.
Il est plus jeune que moi, il a très peur parce qu’on lui a dit que son bout gris doit toujours être très pointu et que, pour cela, les mains utilisent une affreuse machine qui coupe, lacère, ponce… un taille crayon.
Il ne peut pas s’empêcher de tout salir, ça l’embête bien parce que ça use son bout gris ; il va devoir passer au taille crayon, je trouve ça effrayant.
La main nous a tous sortis de la cage ; c’était une poche m’a dit le cahier.

Le cahier sait vraiment beaucoup de choses. Il m’a expliqué que dans le magasin il était rangé à côté des livres.
Les livres sont très bavards et le cahier a beaucoup appris. Il me dit que je suis un stylo, je m’appelle PILOT G-2, j’ai un look « d’jeun », il paraît que je suis un des meilleurs dans une population qui compte pourtant des milliers de spécimen.
Lui, il s’appelle Clairefontaine. Il est vraiment très beau, ses couvertures sont noires, en carton, et il a 120 pages de papier velouté avec de jolies lignes bleues.
Je suis content, la main m’a rangé dans le ressort de Clairefontaine ; j’y suis bien.

Clairefontaine est mon ami.

Quand la main m’appuie sur la tête, c’est une mine qui sort de mon orifice, dans un mouvement vertical, et alors là, ça me fait tout drôle… dès que la main pose ma mine sur le papier, je sens que je dois fournir un effort, je transpire, comme dans une grande course, un marathon, c’est fatiguant. Ça ne me fait pas mal, ça fait un peu bizarre… je me vide un peu, je perds un peu d’énergie.
La main qui écrit est chaude et grande. D’en haut, je vois bien le dessus de la main et parfaitement bien l’autre main. Je vois aussi Clairefontaine et je lis les mots.

Les mains sont massives, il y a des poils dessus, ce sont des mains d’homme. Il écrit des mots que je ne connais pas toujours, Clairefontaine m’explique au fur et à mesure.
C’est l’histoire d’un homme…

« Bon comme il se doit, et d’ailleurs c’est un peu le rôle de ce site, non ? Je vais essayer de me lancer sur un avis … pourvu que je ne m’y écrase pas d’ailleurs.
Mais par quoi vais je commencer ? Bonne question, c’est tellement plus facile de lire vos avis.
Des vers ? Non je préfère les vider que les remplir !! Mais alors un avis sur quoi ? Le syndrome de la feuille blanche me prend il ? Bon là je sais que je vais déjà un peu trop loin… prétentieux, va !!
Bon, c’est bien sympa cette terrasse de café, mais les piétons n’y sont pas légion non plus !! J’ai beau faire le tour de la place, je suis bien seul ici !! Pourtant je croyais bien avoir cliqué sur ciao café !! Mais où est donc la terrasse ? Le barman ne se déplace pas non plus, je crois bien que si je ne le fais pas moi-même personne ne jouera avec le percolateur. Finalement on est toujours mieux servi que par soi-même !!

Il est là assis, sur cette terrasse, devant cette table ronde de marbre grisée et usée par les ans. Il y pose sa feuille noircie par quelques lignes jetées pèle mêle. Son regard perdu au loin, rien ne le dérange, il n’entend pas le brouhaha de la ville, les voix et rires des tables voisines. Il est là seul, les yeux vides, indifférent à toute agitation. »
Il s’appelle Joël, j’aime être dans sa main et suivre la puissance de ses mots, de ses rêves.
Clairefontaine et moi, parlons beaucoup de ce qu’il écrit, c’est une nouvelle, « Un moment d’absence », nous avons hâte de connaître la suite.

Joël écrit d’autres mots, « Audrey », il écrit « aimer », les mots dansent sur les rimes lyriques de la passion fiévreuse.
Il vit l’amour comme un rêve éveillé, Clairefontaine dit qu’une telle histoire est rare.
Les livres lui ont dit que l’amour est ce qu’il y a de plus compliqué pour l’homme.
L’humanité serait constamment en quête d’idéal amoureux, l’épanouissement dépendrait des histoires d’amour.
La majorité humaine semble se démener avec des sentiments, « je t’aime – tu m’aimes – on s’aime : on passe notre vie ensemble ».
Pour d’autres, plus rares, aimer est un dieu, un créateur qui dicte les conduites, les règles de vie et impose l’altruisme. On appelle ça les religions, je pense que ce sont de simples « garde fou » ; simples est trop simple, des « garde fou » édictant toutes les règles, jusqu’à la prise de nourriture parfois, et donnant les explications à « Pourquoi » « Comment »…

Cela fait maintenant 15 jours que j’écris des mots.
Quand Joël me prend dans sa main je suis impatient, je sais comment former les lettres, marquer la ponctuation et rester en l’air, comme ça, quelques secondes, dans l’attente du mot ou de la phrase.
Je suis vigoureux, en pleine force de l’âge.
Aujourd’hui, il s’est passé une chose extraordinaire. Secrètement, j’imaginais ce moment, doutant qu’il puisse arriver.
Audrey m’a pris dans sa main, elle a ouvert Clairefontaine, l’a retourné et s’est mise à écrire.

C’est bien le cas de le dire, nous étions tout retournés. La main de Audrey est plus petite, plus fine, mais surtout plus douce.
Elle me fait voler sur les pages, c’est une caresse.
Les mots, les mots aussi sont différents, on dirait que les femmes ont une sensibilité différente. J’ai senti, dans la main d’Audrey, des mots à fleur de peau. Tout autour de moi, ils me frôlaient, dégringolaient, se battaient pour être écrits.

Clairefontaine était très ému, l’autre main d’Audrey était posée sur la page blanche et en caressait le velouté.
«Il est vrai que je m’imprègne des êtres comme des livres. L’immersion lente, progressive, pour comprendre. Du tiède aller vers le chaud et être en sécurité. Me noyer, ne faire qu’un ? Mais qui est qui ? Me donner et recevoir.
Avec les livres, extraordinaire, je sais que le livre a une fin, j’accepte d’être malmenée par les mots.
Avec toi c’est différent. J’étais au chaud, insouciante, bienheureuse, était-ce le bonheur ? Oui, on appelle ça le bonheur je crois.
J’ai continué mon immersion, allant chercher encore plus de chaleur, ne faire qu’un, la fusion ?
Au cœur, au cœur de toi je me suis brûlée…
J’étais collée à un iceberg, un bloc immense et solide. J’ai donné des coups pour le fracasser, il n’a même pas bougé. J’étais accrochée, collée, coincée, il faisait sombre. L’adhérence, aimantée…
Il m’a fallut me débattre pour sortir de là. Projetée à la vitesse de la lumière, j’ai fait la traversée en sens inverse, je ressenti la chaleur et puis… froid, froid, j’étais sorti de toi, en dehors de toi.
Je te survole, te regarde de l’extérieur, quelle drôle de planète es-tu pour avoir une surface tiède, une écorce chaude et un cœur glacé ?
Tes rêves circulent sur un radeau de glace, sans me tuer je ne peux y accéder.
Mais je sais, je sais comment je ferais.
Je te ferais fondre tellement je vais t’aimer. »

Clairefontaine et moi étions tout émus. La mélancolie combative, la rage des brûlures… enfin nous connaissions Audrey.
Leur amour nous apparût alors comme le combat de deux âmes perdues, blessées, sensibles.
21e jour : Mon réservoir est au ¾ vide, je sens que mon énergie décroît, le plaisir des mots lui, est de plus en plus fort.

24e jour
: « Il sent pourtant le vent doux et tiède glisser sur les feuilles des arbres qui l’entoure. Ces platanes qui ont vu, entendu, tant et tant au fil des ans, partagé les silences nocturnes de la ville endormie.
Témoins de rencontres amoureuses, de moments doux et joyeux, de ruptures douloureuses et humaines, ils sont depuis si longtemps ignorés par tous, seuls quelques uns leur font honneur, comme cet oiseau au plumage coloré qui sautille sur ses bras torturés dans une danse effrénée autour de son amour printanier. Les fourmis qui ne cessent de charrier leurs élixirs de vie sur son échine écornée.
La vie reprend son sens, les fleurs du quartier ont unis leur parfum, mélangées leurs couleurs, l’eau coule tranquille et rassurante de la bouche de cet ange des fontaines. Un chien de passage s’arrête brusquement devant cet océan de fraîcheur, y plonge le museau, et repart à toutes pattes comme il est venu. »

26e jour : « JE T’AIME tu me manques… ici tu aurais été, ici je t’aurais aimée » « mais avec toi ce n’est pas du rêve c’est chaque jour plus beau encore » « oui, la bonne humeur comme son nom l’indique cela se hume… je ferais un domaine où l’amour sera loi, où l’amour sera roi, et tu seras reine…. » « Tu es là, près de moi tant et tant, tout autant, que le temps, une fois, des fois parfois et te voilà le plus souvent toujours près de moi….je suis bien… »

Publicités

À propos de tchesssss

Tchesssss *Rameneuse de fraise* Coups de coeur, coups de blues, coups de gueule... Auto entrepreneuse, mon père croit que je fais des ménages, en vérité je suis une fée du logis. Blogueuse Maman Femme Particularité : Regarde la Terre vue d'en haut... Voir tous les articles par tchesssss

Vous devez être onnecté pour poster un commentaire.

%d blogueurs aiment cette page :