Jour de Pêche

Ecrit en août 2004

Bénies soient les vacances, périodes privilégiées d’un retour aux sources salutaire et des moments d’intenses émotions qu’il nous procure.

Aujourd’hui, telle une compagne compréhensive, tolérante et ravie, j’accompagnai mon homme à la pêche !
Il faut dire que depuis quelques mois, ce dernier est mordu (c’est le terme consacré pour expliquer qu’il rentre à 22h).

Il est donc près de 16h lorsque l’envie de pêcher se manifeste, le gagne… c’est le départ.
Par bonheur, en bon accro, mon pêcheur laisse son matériel dans la voiture. Il suffit de sortir les appâts du réfrigérateur puis de les mettre dans la glacière, et nous voilà partis.

En bonne touriste, je m’équipe sérieux : le short, le petit marcel les lunettes de soleil et une paire de slaps aux pieds.

1er round – l’arrivée…

La voiture est garée. Il faut maintenant sortir le matériel et se rendre au bord de l’eau.
Bien sûr, comme tous « bons spots de pêche », le notre est d’une accessibilité délirante. Une pente raide, graveleuse, est notre seul chemin d’accès ; et il faut descendre le matériel.
Lui, savait. Il est chaussé de boots de marche…

Imaginant le plaisir de la plénitude des heures à venir, je souris et m’embarque dans la pente, à reculons, une partie du matos sur le dos. Mes slaps dérapent sur les cailloux et racines et je manque, maintes fois, de me retrouver par terre ; finalement, les cannes et moi arriverons intactes sur la berge.

2e round – la montée des lignes…

Là, je le laisse faire.
En vraie fille de l’océan je scrute l’eau, cherchant les courants, mesurant les vagues et découvrant les baïnes… première déception… pas question de ça ici, nous sommes au bord d’un lac artificiel et mises à part les ondes formées par le vent, rien ne se passe sur cette étendue d’eau.
Quelques canards barbotent et de gros poissons font « plouf », là bas, loin, au large.

Ma canne est prête !
Verte, longue de 3 ou 4 mètres, elle me rappelle les petites périodes de vacances, au cours desquelles il me fallait quitter l’océan pour aller chez mes grands-parents – Mon grand-père m’emmenait au bord de la Loire et nous passions des après midi entiers à taquiner le goujon.

3e round – la pêche…

Equipée de ma canne verte et de ma boîte d’asticots, je m’installe sur mon spot. Je prends soin de m’éloigner des arbres et autres touffes
verdâtres dans lesquelles je ne manquerais pas d’emmêler ma ligne si je n’y prenais garde.

Les asticots 😦

J’ai le choix des couleurs : blancs, jaunes ou rouges. Il me semble que ces différences de couleurs sont dues à l’état d’avancement de la
larve en mouche, et non à des distinctions de race (si un ami pêcheur me lit, je le remercie de me communiquer l’info).

Dans ma boîte, ça grouille de partout.

Bon allez… j’y vais… je mets la main dans le contenu grouillant et sors un asticot blanc.
Forcément, il a deux bouts : un pointu noir (la tête) et un rond plat (le reste).
Commence alors pour moi une longue remise en question métaphysique ; je dois empaler l’asticot sur l’hameçon par le bout « rond plat » , libérant ainsi la tête pour qu’il garde conscience « qu’il n’est qu’une mouche en devenir ».

Je rajoute à mon angoisse, que l’hameçon est minuscule et que l’asticot ne fait que gigoter.
Les choses se corsent et prennent une tournure gore lorsque je perce le bout rond plat et qu’une crème blanchâtre vient souiller mes ongles vernis du matin même !
Qu’à cela ne tienne, il me faut le transpercer, maintenant, sur un côté, de façon à ce qu’il pendouille et gigote. Car il doit gigoter dans l’eau, le poisson n’est pas un charognard, il mange du « vivant ».
Vous n’imaginez pas la solidité et l’élasticité d’un asticot… a force de le triturer dans tous les sens, mon premier asticot fini en bouilli, dans mes mains – C’est vraiment crade mais s’il avait arrêté de gigoter comme ça, on n’en serait pas là !
Je le jette m’apercevant qu’il bouge encore… mes considérations métaphysiques prennent une tournure pragmatique et je décide de m’autocensurer pour venir à bout du deuxième asticot.
Plus de sentimentalisme, non il ne te regarde pas et non tu ne l’entends pas crier… ça marche !

Le bouchon…

Dans mon souvenir, le bouchon est rond et rouge comme un radis – La pêche a évolué ; à l’ère de l’aventure aérospatiale, le bouchon se fait
fuselé et orné de coloris divers. La couleur est sombre pour la partie immergée (parce qu’il doit se fondre dans le décor : le poisson aussi a
évolué et pourrait reconnaître un ennemi potentiel si la couleur ne correspondait pas à son environnement naturel), et fluo pour la partie
aérienne (de façon à ce que le pêcheur n’ait pas à fournir un trop gros effort d’acuité visuelle, on fait une partie de pêche, pas du tir à
l’arc).

Après le bouchon, la partie immergée est composée de plombs (de formes et tailles variables) puis de l’hameçon agrémenté d’un asticot en apnée.
La taille de cette dernière partie dépend évidemment de la profondeur du spot. Il convient que l’hameçon soit près du sol, c’est apparemment là que les poissons se nourrissent.

Mon bouchon est à l’eau…
L’attente…

Il flotte et c’est joli.

Je le scrute afin de ne pas rater la touche… 10 secondes, 20 secondes… je tiens 1 minute, mais rien ne se passe.
Mon regard s’attarde alors, à nouveau, sur l’étendue d’eau, les collines au loin et leurs bosquets, les canards qui n’ont pas changé de place…et le
chant des oiseaux m’interpelle, me rappelant que je suis à la pêche, peinarde, bouchon dans l’eau…

Au bout de 5 minutes l’impatience me gagne et je me dis que, peut être, un poisson malin aurait mangé mon asticot à mon insu.
Il me faut vérifier… Ah ben, non, il est toujours là. C’est reparti pour une plongée en apnée.
Je referais ce petit manège une bonne dizaine de fois.

Après 10 sauts à l’élastique et des apnées répétées mon asticot semble HS et plus du tout appétissant ! je décide d’en changer et me vois obligée de légèrement déchirer la bête pour l’extirper de son support crochu. Je bazarde l’asticot par terre et choisi, cette fois, un asticot jaune.

Quoique l’accrochage d’asticots reste un exercice périlleux, je me débrouille de mieux en mieux ; beaucoup seront jetés à terre (parce que
trop en bouilli pour appâter un poisson), mais la majorité ira se baigner.

Me voici, à nouveau, dans l’attente du « coulé de bouchon ».
Je m’impatiente grave et fume une petite chester… Les minutes passent, toujours les cui cui dans les arbres et les « plouf » au large. On dit
que la pêche permet de ne penser à rien… mais comment font-ils ??? ça ne marche pas avec moi.

J’écrase ma chester et mon regard se porte sur le sol… Stupeur !!
Eurk… des dizaines de fourmis se sont ruées sur mon hécatombe d’asticots à moitié vides de leur substance mais gigotant toujours… D’ailleurs,
sont-ce les asticots qui bougent ou les fourmis tentant un dépeçage en règle qui font mouvoir les corps moribonds ?

Ecoeurée, j’opte pour le raisonnable choix de ne pas tenter de répondre à cette question, et balance un furieux coup de pied dans le carnage.

C’est alors que reluquant mon bouchon, je perçois comme de petites faiblesses dans son étanchéité, serait-il en train de couler ?

La prise…

L’action est suspecte, il coule, revient, coule… go, j’y vais… ça tire, c’est lourd…. Je remonte énergiquement ma ligne et voit apparaître, dans son éclair argenté, un superbe poisson, WHAOUUUUUUUU ! … un gardon de 15 cm, il doit bien faire dans les 80 grammes !

Ceci dit, il est superbe – tout propre, brillant, l’œil vif, dodu et frétillant…
Frétillant ????
Gasp… lui non plus n’arrête pas de bouger et en plus il est mouillé, et en plus l’hameçon est accroché dans sa gueule… et M…… !

J’attrape mon trophée et entreprends de décrocher l’hameçon sans emmener sa mâchoire inférieure.
Car il s’agit de le garder vivant.
Mon objectif de pêcheuse est de faire du « vif » qui servira d’appât pour de plus gros. Alors, faut pas que je bouzille l’endroit où il sera de nouveau accroché et il doit rester en vie.

Opération réussie…
les poissons tiennent plus longtemps à l’air que nous sous l’eau, et c’est heureux. Ma dextérité en matière de décrochage exigeait cet impératif.

Forte de ce succès et quelque peu motivée, je ne choisissais plus que des asticots jaunes, manifestement plus goûteux que les autres.

Mais ce fut le seul poisson que j’allais pêcher. J’allais « me faire sucer » de nombreuses fois ; pour les néophytes, « se faire sucer » ici, signifie que les poissons gobent la substance de l’asticot, ne laissant sur l’hameçon qu’une peau pendouillante et mouillée.
Certains poissons, malins, allaient carrément voler mes asticots sans que je ne m’en aperçoive !
Et pour terminer, j’ai emmêlé ma ligne à un point tel qu’il me fallut la démonter pour récupérer le bouchon et tous les autres bazars la  composant.

KO !!

Nous avons plié les cannes vers 22h. Mon compagnon s’était battu avec un monstre qui a cassé sa ligne, mais il comptait, à son actif, une carpe et quelques autres petits futurs appâts.

Ranger le matériel et grimper la côte, toute aussi graveleuse que l’était la pente… et j’ai faim !

J’ai maintenant un joli bronzage «pêche », appelé aussi « bronzage marcel » – pour moi qui suis une adepte du bronzage intégral sur les grandes étendues de sable de l’océan… c’est un peu la mort …
J’ai échappé au bronzage « ski » en retirant mes lunettes de soleil de temps en temps.

J’ai assisté à des scènes gores, j’ai joué à Rambo, j’ai fait de la poésie avec les ondes et les canards, je sentais pas bon en arrivant à la maison et mes mains étaient toutes jaunes….

Le gardon est mort dans la nuit et les chattes ne veulent même pas le manger.

Euh… la pêche… sans les cannes, avec un bouquin, oui, pourquoi pas ?

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À propos de tchesssss

Tchesssss *Rameneuse de fraise* Coups de coeur, coups de blues, coups de gueule... Auto entrepreneuse, mon père croit que je fais des ménages, en vérité je suis une fée du logis. Blogueuse Maman Femme Particularité : Regarde la Terre vue d'en haut... Voir tous les articles par tchesssss

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